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Management féminin, management masculin : et si on se trompait de débat?

[Attention, billet d’humeur !]

 

Aujourd’hui, cela n’aura échappé à personne, c’est la Journée Internationale des Droits des Femmes. Chaque année c’est un peu l’heure du bilan : quelles ont été les avancées en la matière durant la dernière année écoulée ? Où en est-on ? Va-t-on assez vite ? Force est de constater que les évolutions sur ces sujets s’accélèrent grandement depuis les dernières années. Violences sexistes et sexuelles, parentalité, égalité salariale … les sujets pris à bras le corps par la société et les pouvoirs publics sont nombreux et les mesures prises fleurissent, pour le bien de toutes et de tous !

Chez Nova Vitam, depuis notre pivot de septembre pour nous axer davantage sur le management, nous sommes interpellées par une notion qu’on entend régulièrement : il y aurait un management au féminin. Décryptage d’un concept glissant …

 

Qu’est-ce que le management dit « au féminin » ?

Pas besoin d’aller chercher bien loin pour comprendre de quoi il s’agit. Le management au féminin « serait » un management basé sur les émotions, la sensibilité, la protection (maternelle, bien sûr), l’empathie, l’écoute … bref, tout ce qui caractérise socialement encore trop souvent LA femme.

Il fait face au management dit « masculin », plus dur, moins compatissant et bienveillant (plus viril ?!), moins humain, davantage dans un esprit de leader et basé sur la productivité avant tout. On se pose moins de questions, on avance sans trop s’arrêter et on o-bé-it. A l’ancienne, en somme.

Evidemment, on voit l’idée. On comprend même de quoi il s’agit. Mais elle nous gêne. Un peu, beaucoup …

 

Pourquoi est-ce un terrain (très, trop) glissant ? 

À notre sens, ce n’est pas vraiment de cette manière que nous ferons avancer la cause des femmes en entreprise  – ni des hommes ! En voici quelques raisons :

Cela ne fait que renforcer les stéréotypes de genres et enfermer chacun/e dans son rôle socialement pré-établi. La femme, mère (forcément), développe (forcément) une grande écoute et empathie à l’égard de ses collaborateurs. L’homme est là pour diriger, mener, « faire du chiffre », il se pose moins de questions. En pensant comme cela et véhiculant ce genre de concepts, on s’en pose aussi très peu, et ce n’est pas vraiment la solution !

 

La femme sauveuse et apaisante, encore et toujours. Vite, vite, une femme pour sauver l’équipe et l’entreprise ! Un peu de douceur dans cet environnement de brutes … et voilà comment rajouter un petit peu de charge mentale au sexe féminin.

 

C’est un peu facile … Chez Nova Vitam, on se demande si cette notion de management au féminin n’est pas une manière de justifier l’ascension des femmes dans l’entreprise. Et ça, ce n’est pas très glorieux. Donc les femmes accèderaient davantage aux postes à responsabilités « parce qu’elles sont des femmes et qu’elles divulguent des valeurs féminines » … un peu réducteur, non ?

 

Cela empêche la vraie remise en question. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt ; bien sûr encore une fois, on lit entre les lignes et on voit l’idée derrière le concept. Néanmoins, est-ce vraiment celle-ci la vraie solution, de remplacer des hommes par des femmes ou tout du moins de promouvoir plus de femmes au rang de manager pour les valeurs qu’elles véhiculent ? N’y a-t-il pas autre chose, de bien plus profond, actuel, intrinsèque à la société d’aujourd’hui, à laquelle il faudrait réfléchir ?

 

Et si on se trompait de débat ?

Pour nous c’est clair, on se trompe de débat. La réponse à la question d’un management plus bienveillant et empathique N’EST PAS SYSTÉMATIQUEMENT de mettre une femme à cette place. Elle est de repenser le métier et le fonctionnement dans son intégralité. S’est-on d’ailleurs demandé ce qu’en pensaient les hommes ? Notamment ceux issus des « nouvelles générations », pour qui le manager n’est de toute façon plus celui qu’il était il y a encore dix ans.

Les contre-exemples jalonnent la vie des entreprises. N’avez-vous jamais entendu une femme vous dire que sa N+1 ou N+2 avait très mal réagi à l’annonce de sa grossesse ? (« Encore plus que s’il s’était agit d’un homme, j’en suis sûre »)

 

N’est-il pas temps de nous focaliser sur l’Humain avant le genre ? De nous poser les vraies questions face à la manière de manager aujourd’hui ? Pour nous, parler de management féminin ou de management masculin, c’est éviter de se poser des questions plus profondes, certainement bien plus compliquées à répondre car elles demandent un changement radical, durable, et une organisation toute différente du management tout court. Ce nouveau fonctionnement et ces nouvelles manières de gérer une équipe, nous souhaitons y participer pleinement grâce à l’innovation que nous proposons au sein de Nova Vitam.

 

Inutile de préciser à quel point nous sommes fières, admiratives, heureuses de cette accession toujours plus importante des femmes aux postes à responsabilités. On partait de tellement loin … et il faut à tout prix qu’elle continue. Mais par pitié, arrêtons de cantonner un sexe à ce qu’il véhicule dans l’inconscient collectif, cassons les codes. Pas facile nous direz-vous, et nous sommes toutes et tous empêtrés dans des clichés et des idées reçues qui ne s’en iront pas en un jour (d’ailleurs, le faut-il complètement ?).

Alors peut-être commençons déjà par ajuster notre discours et les mots qu’on emploie. Limitons les justifications par les adjectifs « féminin » et « masculin », allons plus loin dans la réflexion. Pour faire bouger les lignes, vraiment et durablement, il faut sortir de cette opposition des sexes, dans tous les domaines et rôles que ce soit. Dans l’entreprise, le management en est le révélateur parfait.